Symphonie du millénaire, 10 ans plus tard

2 juin 2010

Il y a dix ans, Gilles Tremblay se joignait à 18 autres compositeurs pour créer la Symphonie du millénaire. D’après une idée originale de Walter Boudreau, cette oeuvre colossale réunissait 333 musiciens et 2000 carillonneurs à l’Oratoire Saint-Joseph pour fêter l’événement en grand (et c’est bien peu dire!). Demain, Gilbert Patenaude et les Petits chanteurs du Mont-Royal interpréteront quelques extraits de la musique que Gilles Tremblay avait écrite pour eux pour l’occasion, et Walter Boudreau nous racontera ses souvenirs de la grande aventure.

Rendez-vous à la Grande bibliothèque, demain, dès 19h.

Quelques extraits sonores en attendant…

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« Fleuves », création en eaux tumultueuses

25 mai 2010

En regardant la programmation de la journée d’étude Gilles Tremblay de la SQRM, je remarque plusieurs grands noms parmi les intervenants, des sujets très intéressants, mais un titre pique particulièrement ma curiosité : « Polémique autour de Fleuves » par Sébastien Leblanc-Proulx, étudiant au premier cycle. Qu’est-ce que c’est que ça? En cette année hommage à Gilles Tremblay, où le milieu musical se rassemble pour reconnaître et honorer le compositeur, les témoignages élogieux à son égard se multiplient et il est facile d’oublier que le parcours de l’artiste n’a pas toujours été parsemé que de louanges… Serait-il possible que Gilles Tremblay ait dérangé par ses œuvres ou suscité la controverse? Sébastien Leblanc-Proulx nous rappelle que l’épisode de la création de Fleuves avait fait des remous…

Au téléphone, il me raconte que Fleuves devait être créé par l’Orchestre symphonique de Montréal le 11 mai 1976, mais que le chef, Rafael Frühbeck de Burgos, décide d’annuler la représentation cinq jours avant ladite date, sous prétexte de n’avoir « pas eu assez de temps pour pratiquer la pièce ». Dans le contexte tumultueux de l’époque – année des Jeux olympiques à Montréal, première élection du Parti québécois au pouvoir, mouvement de révolution tranquille – cette décision suscite l’indignation du milieu francophone qui la reçoit comme un « soufflet » aux artistes québécois. Les lettres ouvertes dans les journaux fusent et même le premier ministre Robert Bourrassa en sera informé suite à une intervention de Maryvonne Kendergi!

Ce sera finalement Serge Garant qui créera cette première œuvre de Tremblay jouée par l’Orchestre symphonique de Montréal un an plus tard. Mais encore une fois, ça ne se produit pas sans remous… Comme l’œuvre nouvelle est placée à la fin du concert, la moitié du public disparaît à l’entracte, visiblement peu intéressé, et la dernière note de Fleuves est couronnée d’un désormais célèbre « GARBAGE! » lancé dans l’assistance (et encore bien audible dans l’enregistrement de Radio-Canada!) suivi d’une vague de protestation et d’applaudissements qui durent plus de cinq minutes, sans compter les discussions vives après le concert. On qualifiera même l’événement d’un « Sacre du Printemps québécois »!

Pour plus de détails et d’autres conférences bien prometteuses, assistez gratuitement à la journée d’étude Gilles Tremblay de la SQRM, demain, de 13h à 18h, à la salle Serge-Garant (B-484) de la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

Mentionnons aussi que Fleuves sera interprété par l’Orchestre du Conservatoire jeudi à Montréal, vendredi à Val d’Or, et dimanche à Québec.


En parlant de Xenakis…

20 mai 2010

Dans le prochain concert de la saison, Transcouleurs, le groupe Transmission interprétera « le sifflement des vents » de Gilles Tremblay, ainsi que des oeuvres de compositeurs français (ou néo-français), dont plusieurs que Gilles Tremblay connaissait personnellement. Charisma, de Iannis Xenakis sera interprété entre autres ce soir-là. Voyons ce que Gilles Tremblay racontait de son expérience avec l’homme et sa musique dans cette entrevue avec Hughes Gerhards…

Hughes Gerhards – Dans quelles circonstances avez-vous connu Xenakis pour la première fois? De quelle(s) œuvre(s) s’agissait-il? Qu’avez-vous ressenti et pensé à la lecture et à l’analyse de la première partition de lui que vous avez eue en main?

Gilles Tremblay – C’est lors d’une audition sur bande, chez Robert Francès, que j’ai eu l’occasion, peu après sa création, d’entendre Metastasis. Dès le début, j’ai eu l’impression qu’il venait de se passer quelque chose d’important en musique. Nous nous étions cependant déjà rencontrés auparavant à quelques reprises. J’étais alors tout jeune étudiant, élève de Messiaen. Mais c’est surtout au Groupe de recherches musicales, dirigé par Pierre Schaeffer que notre véritable rencontre se fit, où nos conversations furent les plus passionnantes. Xenakis a le don d’être un excellent vulgarisateur, et de pouvoir communiquer l’essentiel de ses idées de façon fort simple. Un jour, il me fit entendre le grésillement d’un charbon de bois en combustion. Ce fut l’occasion d’une longue conversation à la fois poétique et scientifique autour d’un phénomène concret de musique statistique à densité variable, l’initiation à tout un esprit, à des techniques également qui sont encore loin d’être assimilées aujourd’hui, car malheureusement on saisit toujours davantage l’apparence et la surface des choses, que leur essence.

H. G. – Qu’estimez-vous que la fréquentation de l’œuvre de Xenakis, dans sa multiplicité et sa diversité, ait pu vous apporter?

G.T. – Toute la musique qu’on entend transforme. Dans ce qu’on entend, il y a le sonore, mais il y a aussi ce qui est derrière le sonore, la démarche. C’est elle qui me stimule et m’interroge le plus ici. Car par tempérament je suis attiré par un matériau beaucoup plus harmonique (dans un sens large englobant Pythagore, Rameau, et Varèse…). S’il y a apport, échange, chocs, ils sont de ce fait à l’abri de la surface des choses. À un niveau plus sonore, j’aime la poésie qui se dégage des mouvements de masse, en une sorte de bouillonnement collectif, ainsi que l’aspect incantatoire de certaines œuvres.

H. G. – Qu’en est-il pour vous, aujourd’hui, de ses diverses compositions électro-acoustiques?

G.T. – En général, j’ai beaucoup d’admiration pour les œuvres où Xenakis utilise cette technique. Une œuvre comme Bohor, pour ne citer que celle-ci, marque en profondeur. Plus récemment Xenakis a travaillé à partir de dessins aux formes extraordinaires transformées en sons par l’ordinateur. Le jeu est fascinant. On pourrait théoriquement dessiner n’importe quelle forme, elle serait « traduite » automatiquement sur le plan sonore. Cependant le passage de l’espace au temps (musical) me semble extrêmement boiteux, source de confusion. Pour la bonne raison que dans le temps, l’espace ne se perçoit pas de cette manière.

Quand je vois une montagne, il ne me vient pas à l’esprit de la regarder comme à travers une pente de gauche à droite. Je la perçois globalement et de façon instantanée. La durée m’en dévoilera pour ainsi dire son existence rayonnante, comme à travers des influx successifs. De la même façon, une fleur, lue de gauche à droite donnera peut-être une curiosité sonore, mais elle sera complètement étrangère à la perception réelle que l’œil révélera, en un rayonnement par éclosion à partir du centre, rythmé par les intensités de ses couleurs et par sa forme. Là encore la perception est globale et instantanée, et c’est ainsi qu’elle entre dans la durée, et non pas à travers une lecture unidirectionnelle d’abscisses et d’ordonnées.

J’ai déjà fait part à Xenakis de cette critique. Il m’a répondu, très gentiment d’ailleurs, que je ne comprenais pas. Je pense quant à moi que la question demeure et qu’elle est suffisamment importante pour qu’on essaie de l’élucider. Le jeu proposé me paraît trop simple et partiel par rapport à la perception réelle qui me semble infiniment plus complexe et globale.

(Extraits de propos recueillis par Hugues Gerhards, décembre 1980)

En coll. Regards sur Iannis Xenakis, Paris, Stock Musique, 1981, p. 113-119.

Merci à Marie-Thérèse Lefebvre qui a rassemblé ces entrevues.


Rencontre rayonnante

6 mai 2010

Brigitte Poulin, pianiste, parle avec flamme de la musique qu’elle partage avec son groupe Transmission. Noémie Pascal et Pierre Saint-Amand l’ont rencontrée entre deux spectres de lumière…

Transmission: Trancouleurs sera présenté à la Salle Tanna Schulich le 28 mai prochain. On y entendra entre autres le célèbre …Sifflement des vents porteurs de l’amour… de Gilles Tremblay.


Il y a un an, elle disait…

3 mai 2010

Saviez-vous que Levées, le premier quatuor de saxophone de Gilles Tremblay, fut créé l’an dernier à l’occasion du concert d’ouverture du Festival MNM 2009? Ce concert, intitulé Quasar cent voix en l’air! présentait aussi des oeuvres de Jean-François Laporte, Morritz Eggert et Luciano Berio.

Juste avant le festival, Marie-Chantal Leclair, du quatuor Quasar, nous parlait de ce concert dans une entrevue avec Noémie Pascal :

N’oubliez-pas que Levées sera joué mercredi à la Chapelle-historique-du-Bon-Pasteur!


Sons nuages d’un océan à l’autre

29 avril 2010

À 77 ans, Gilles Tremblay en connaît des choses (surtout en matière de musique!), mais il continue de nous surprendre avec son esprit d’éternel explorateur! C’est justement son approche pleine de fraîcheur et de curiosité qui a marqué Marie-Chantal Leclair quand elle l’a contacté pour lui demander d’écrire une œuvre pour le quatuor de saxophones, Quasar. « J’étais un peu intimidée de lui demander cette œuvre, me confie-t-elle, mais je me disais qu’il fallait que Gilles Tremblay écrive au moins un quatuor de saxophones afin d’enrichir notre répertoire. Ça fait partie de notre mandat de développer le répertoire. Même s’il n’avait jamais écrit pour saxophone, il a tout de suite été très enthousiaste et intéressé par ce nouveau projet et a voulu nous rencontrer pour expérimenter avec nous les sonorités propres à notre instrument. Le saxophone baryton l’a particulièrement intrigué et Gilles Tremblay a même baptisé une nouvelle technique sonore « sons nuages ». En fait, cette technique spéciale permet de créer des harmoniques graves pendant qu’on joue des notes aigues – l’auditeur perçoit donc deux sons en même temps et cela crée une matière sonore proche des sons multiples mais d’une texture plus fine et très douce, d’où le son nuage… Maintenant, on ne peut pas parler de « sons nuages » sans penser à Gilles Tremblay! »

En janvier 2010, Quasar part en tournée pancanadienne et Levées, le fameux nouveau quatuor de Tremblay, est joué d’un océan à l’autre, de Victoria à St-John’s. « C’est vraiment un privilège de pouvoir jouer une œuvre plusieurs fois en concert, de dire Marie-Chantal. Ça nous permet d’approfondir la pièce, de vraiment se la mettre sous la peau. On atteint un niveau de souplesse musicale entre nous qui permet à l’œuvre d’évoluer significativement avec le temps et le recul. »

Et savez-vous quoi? Ça tombe bien pour nous car Montréal sera la « cerise sur le sunday »; le dernier concert de la tournée sera présenté mercredi prochain à la Chapelle historique du Bon-Pasteur.  À ne pas manquer!

Vidéo de Levées jouée par Quasar à St-John’s (Terre-Neuve) le 3 avril 2010


Les Vêpres sur Espace classique

26 avril 2010

Dès aujourd’hui, Espace Classique diffuse gratuitement l’enregistrement du concert « Les Vêpres de la Vierge »
sur son site. Cette oeuvre grandiose de Gilles Tremblay fut présentée le 15 avril dernier avec l’Ensemble de la SMCQ et le SMAM à l’Église de l’Immaculée Conception. Plus de détails sur le site. Bonne écoute!